MIA BLACK ROSE dans Tatouage Magazine 166

MIA BLACK ROSE dans Tatouage Magazine 166

« Le tatouage est une manière d’habiter mon corps. »

Chez Mia Black Rose, l’encre suit les battements du cœur : souvenirs, blessures, renaissances. Son corps est une carte sensible, son art une manière d’habiter le monde avec grâce et intensité, sa peau un territoire d’expression et de liberté.

Texte : Miss Marvel – Photos : @Photobscure

Mia – de son vrai prénom Joanna, même si elle confie préférer « qu’on m’appelle Mia » – a grandi dans un monde où les pages bruissaient comme des ailes. Au-dessus de la bibliothèque où travaillait sa mère, elle passait des heures à recopier des héroïnes de mangas, à inventer des silhouettes dans les marges de ses cahiers. « J’ai toujours eu envie de créer », dit-elle. Aujourd’hui près de Strasbourg, solaire, douce et passionnée, elle partage son temps entre son métier de tatoueuse, quelques séances photo « pour le plaisir », et sa vie de maman d’une ado de 14 ans. La créativité n’a jamais été pour elle un simple passe-temps : elle peint, coud, joue quelques notes de guitare ou de piano, se perd dans les musées, voyage dès qu’elle le peut. « Je suis passionnée par tout ce que nous offre la vie », souffle-t-elle.

Le choc du tatouage

Le tatouage entre dans sa vie comme un premier éclair. Son père portait des pièces « faites maison », traces d’une époque où l’on gravait l’amitié à même la peau. Elle se souvient du jour où, enfant, elle l’accompagne pour les faire retirer : l’encre grattée au scalpel, la lumière froide du cabinet. « Il voulait me dissuader d’en faire… mais moi j’aimais bien ses tatouages », sourit-elle. Plus tard, un homme très tatoué croisé dans la rue déclenche un vertige : « Je me suis dit “woooow”, c’est génial de pouvoir se dessiner des motifs partout sur le corps. » Elle y voit une liberté, une manière de s’affirmer, de prendre possession de son identité. Elle dévore alors les magazines spécialisés, observe les corps comme des paysages, les styles comme des langages. « Je suis tombée amoureuse de cet art. »

Une cartographie intime

Son propre parcours d’encre se construit « au gré de mes envies et de mon évolution personnelle ». À 13 ans, elle s’encre en secret : une aiguille de couture, de l’encre de Chine, de petits symboles sur le poignet, cachés sous des bracelets : « Ce motif-là n’était vraiment pas réfléchi… » Il sera recouvert, effacé, transformé, comme une mue. À 19 ans, elle choisit son premier “ vrai ” tatouage : un papillon redessiné à partir d’un magazine, fragile et gracieux comme un premier souffle. Puis viennent les initiales de sa sœur et de ses parents, une citation sur les côtes — « Hier est passé, demain est mystère, aujourd’hui est un cadeau » — qu’elle découvre plus tard dans Kung Fu Panda, ce qui la fait sourire.
Les pièces grandissent avec elle. Sur ses cuisses, une guerrière par Mike Gantelme, une panthère des neiges par son amie Linseï FK. Dans son dos, une grande composition florale signée Dodie, « purement esthétique », choisie pour sa féminité et son caractère. Son bras complet, réalisé par JessyInk, raconte une histoire plus intime : un oiseau posé près d’une cage, puis un oiseau en vol. « La partie haute parle de moments où j’ai pu me sentir enfermée… puis j’ai commencé à me libérer. » Ce bras devient le symbole de son émancipation. Elle collectionne aussi les flashs, ces coups de cœur instantanés, et s’auto-tatoue une branche de magnolia au début de son apprentissage. Sa dernière grande pièce : une symétrie de chrysanthèmes sur les fesses, réalisée par Laura Mars. Et puis il y a ce symbole nordique, qu’elle porte en version féminine tandis que son compagnon porte la version masculine. « Ce symbole a beaucoup de valeur », dit-elle. Il représente leur lien, mais aussi le rôle essentiel qu’il a joué dans son épanouissement d’artiste et de femme.

Une expression, une armure, une liberté

Mia a toujours su qu’elle porterait beaucoup de tatouages. Pour elle, se tatouer, c’est habiter son corps autrement, le modeler à son image : « Je me sens plus forte et plus belle avec. » Certains motifs sont des bijoux, d’autres des armures, d’autres encore des fragments de son histoire. Les visages féminins qu’elle porte — réalistes, graphiques, illustratifs — incarnent chacun une facette d’elle-même : la guerrière, la femme qui s’assume, la mélancolique. Il lui manque encore « la femme printemps », inspirée de Mucha, qu’elle imagine déjà confiée à KiraTattooist. Parfois, elle a une idée précise et cherche l’artiste idéal. Parfois, elle découvre un style et veut simplement le porter : « Cela se fait au fil des envies et des rencontres. »

La révélation de l’image

C’est en devenant tatoueuse qu’elle se découvre modèle photo. Elle se fait beaucoup encrer à cette période, et l’idée de garder des images de ses pièces lui semble naturelle. Mais la première séance dépasse tout ce qu’elle imaginait : « Poser devant l’objectif fut une révélation ! » La photographie devient un miroir bienveillant, un espace où elle se réconcilie avec son image, où elle incarne ce qu’elle traverse. Elle commence en studio, puis explore des univers féeriques et fantastiques en extérieur. « La photographie et le tatouage sont mes deux alliées, ils me donnent confiance en moi et m’aident à évoluer. »

Trouver sa voie, tracer la sienne

Mia tatoue professionnellement depuis 2018, même si l’aventure commence réellement un an plus tôt, lorsqu’elle pousse la porte du shop de Céline — Cevelyne Tattoo — à Strasbourg. « Elle m’a offert l’opportunité de réaliser mon rêve », dit-elle. Accueillie avec bienveillance, elle apprend, progresse, s’affirme. Son univers s’impose naturellement : des lignes fines, des contrastes subtils, des fleurs, des ornements, des bijoux de peau : « Je suis féminine, j’adore les bijoux, les robes élégantes… » Le dessin l’a toujours accompagnée, mais c’est le tatouage qui l’a poussée à se perfectionner : ombrages, proportions, composition. « Prendre une feuille et un crayon, c’est comme de la méditation pour moi. »
Aujourd’hui, elle travaille dans un shop privé du quartier de la Krutenau, à Strasbourg, un lieu vivant, artistique, où elle reçoit ses clientes dans une bulle douce et attentive : « J’aime prendre soin d’elles, créer un cocon. » Elle savoure le moment où le croquis devient peau, où les détails s’éveillent, où les émotions surgissent : « Voir la joie, le sourire, parfois les larmes… c’est ce que je préfère dans ce métier. » Les mois à venir s’annoncent doux et féconds : la “femme printemps”, la suite de son bras gauche, de nouveaux shootings, de nouvelles rencontres. Et surtout, dit-elle, « être heureuse ».


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